Les quotas sont-ils de retour à Revenu Québec? Are quotas back at Revenu Québec?
Pour plus de détails, svp contacter Pierre Nadeau à pnadeau@pierrenadeau.com ou visiter www.pierrenadeau.com.
Nous le savons tous : le gouvernement du Québec a plus que
jamais besoin de revenus. Pour les fiscalistes qui accompagnent leurs clients
lors de vérifications de TPS/TVQ, avez-vous observé, comme moi, une
intransigeance croissante de la part des vérificateurs? Avez-vous l'impression
que les vérifications se déroulent désormais avec une marge de manœuvre
considérablement réduite et que cette rigidité nouvelle découlerait de
directives émanant de la haute direction de Revenu Québec?
Cette interrogation n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans
un débat déjà porté sur la place publique concernant la pression
organisationnelle et l'existence présumée d'objectifs internes (assimilables à
des quotas) au sein de Revenu Québec. Si de telles pratiques étaient
confirmées, elles soulèveraient des questions fondamentales sur l'équité du
processus de vérification.
Un cas vécu récent
Lors d'une récente rencontre chez le client, en présence du
vérificateur et de son chef d'équipe, des zones grises persistent. J’invoque
alors le bénéfice du doute : première vérification, petite entreprise aux
moyens limités, absence manifeste de mauvaise foi. Les représentants de Revenu
Québec se montrent courtois et compréhensifs. Ils affirment être sensibles à la
situation du client et concluent en indiquant qu'ils analyseront vos arguments
avec leur gestionnaire et leur direction.
Pourtant, deux semaines plus tard, on me rappelle pour
confirmer un projet de cotisation maintenu presque intégralement, sans
véritable compromis. Faut-il y voir un simple jeu de rôle ou le reflet de
directives strictes imposées par la haute direction de Revenu Québec, peu
encline à la souplesse dans un contexte budgétaire tendu?
D'où cette question récurrente : les quotas seraient-ils
toujours d'actualité à Revenu Québec, comme à l'époque de Raymond Bachand,
ministre des Finances de 2009 à 2012?
Lien avec l'affaire Enico
Cette réflexion rappelle inévitablement l'affaire Groupe
Enico inc. (2013), une décision marquante de la Cour supérieure fréquemment
invoquée sur la question des quotas. Dans ce dossier, la preuve a révélé
l'existence d'objectifs de performance liés aux montants recouvrés, notamment
des cibles officieuses d'environ 1 000 $ de recettes par heure de travail,
ainsi que la possibilité de primes conditionnelles à l'atteinte de ces
objectifs. En 2016, la Cour d'appel a confirmé l'essentiel de cette décision,
renforçant ainsi la portée des enseignements à en tirer.
Selon le tribunal, « le principe est clair; si l'on
récompense un fonctionnaire pour les montants qu'il récupère, on l'incite à en
récupérer plus, au risque que cela ne biaise son jugement lors de son travail
de vérification. Son intérêt est évident ». Le tribunal a ajouté que « cela est
d'autant plus grave que le vérificateur à qui on impose de tels quotas ou
objectifs de rendement est, en même temps, décideur! Décideur, dans le sens où
il prend les informations qu'il recueille en vérification et décide des revenus
établis et donc des avis de cotisation qui suivent. »
Ces cotisations sont, nous le savons, présumées valides en
vertu de la loi.
Enseignements pratiques pour les fiscalistes
Dans ce contexte, la gestion des attentes du client devient
un enjeu central. La difficulté est d'autant plus grande que les vérificateurs
agissent simultanément comme juges et parties dans le règlement du différend.
Le professionnel gagnera à cadrer ces attentes dès la lettre de mandat, en y
incluant des clauses rappelant qu'aucun résultat n'est garanti.
Il importe également de recentrer le débat sur la preuve
plutôt que sur l'équité perçue. En d'autres termes, les arguments d'équité ont
une portée limitée si la documentation fait défaut, la charge de la preuve
reposant en grande partie sur le contribuable ou son mandataire. Dans bien des
dossiers, l'enjeu principal n'est pas la bonne foi, mais la capacité de
démontrer, pièces justificatives à l'appui, l'application correcte des règles
fiscales (notes de crédit, mandats, coentreprises, prête-noms, etc.).
Enfin, il convient parfois de rappeler au client que seul un
tribunal pourra véritablement remettre en cause la position de Revenu Québec.
Encore faut-il qu'il soit pleinement conscient des conséquences financières,
temporelles et psychologiques d'un tel recours et qu'il soit disposé à s'y
engager en toute lucidité.
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For more
details, please contact Pierre Nadeau at pnadeau@pierrenadeau.com or visit www.pierrenadeau.com.
We all know
that the Quebec government needs revenue more than ever. For tax specialists
who assist their clients with GST/QST audits, have you noticed, as I have, a
growing intransigence on the part of auditors? Do you feel that audits are now
conducted with considerably less leeway and that this new rigidity stems from
directives issued by Revenu Québec's senior management?
This
question is not insignificant. It is part of an ongoing public debate about
organizational pressure and the alleged existence of internal targets (similar
to quotas) within Revenu Québec. If such practices were confirmed, they would
raise fundamental questions about the fairness of the audit process.
A recent
real-life example
During a
recent meeting at a client's office, in the presence of the auditor and his
team leader, some gray areas remain. I therefore invoke the benefit of the
doubt: first audit, small business with limited resources, clear absence of bad
faith. The Revenu Québec representatives are courteous and understanding. They
say they are sensitive to the client's situation and conclude by saying that
they will analyze your arguments with their manager and senior management.
However,
two weeks later, I am called back to confirm that the assessment will remain
almost unchanged, with no real compromise. Is this simply role-playing or a
reflection of strict guidelines imposed by Revenu Québec's senior management,
which is unwilling to be flexible in a tight budgetary context?
This raises
the recurring question: are quotas still in place at Revenu Québec, as they
were during the tenure of Raymond Bachand, Minister of Finance from 2009 to
2012?
Link to
the Enico case
This
reflection inevitably brings to mind the Groupe Enico Inc. case (2013),
a landmark Superior Court decision frequently cited on the issue of quotas. In
that case, evidence revealed the existence of performance targets related to
amounts recovered, including unofficial targets of approximately $1,000 in
revenue per hour worked, as well as the possibility of bonuses conditional on
the achievement of these targets. In 2016, the Court of Appeal upheld the
substance of this decision, thereby reinforcing the scope of the lessons to be
learned.
According
to the court, "the principle is clear: if an official is rewarded for the
amounts he recovers, he is encouraged to recover more, at the risk of biasing
his judgment in his audit work. His interest is obvious." The court added
that "this is all the more serious because the auditor who is subject to
such quotas or performance targets is, at the same time, a decision-maker! A
decision-maker in the sense that he takes the information he gathers during the
audit and decides on the income to be assessed and, therefore, on the notices
of assessment that follow."
These
assessments are, as we know, presumed valid under the law.
Practical
lessons for tax professionals
In this
context, managing client expectations becomes a key issue. The difficulty is
all the greater because auditors act simultaneously as judges and parties in
the settlement of disputes. Professionals will benefit from setting these
expectations in the engagement letter, including clauses reminding clients that
no results are guaranteed.
It is also
important to refocus the debate on evidence rather than perceived fairness. In
other words, fairness arguments have limited scope if documentation is lacking,
as the burden of proof rests largely with the taxpayer or their representative.
In many cases, the main issue is not good faith, but the ability to
demonstrate, with supporting documentation, the correct application of tax
rules (credit notes, mandates, joint ventures, nominees, etc.).
Finally, it
is sometimes necessary to remind the client that only a court can truly
challenge Revenu Québec's position. However, the client must be fully aware of
the financial, time and psychological consequences of such an appeal and be
willing to commit to it with full knowledge of the facts.
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